GUINO CÉRAMISTE
Les œuvres et les archives conservées dans le fonds d’atelier de Richard Guino éclairent les étapes ainsi que la manière dont le sculpteur et décorateur a développé son activité de céramiste tout au long de son parcours artistique.
RECHERCHES MENÉES EN PARTENARIAT AVEC LE GRECB, GROUPE DE RECHERCHES ET D’ÉTUDES DE LA CÉRAMIQUE DANS LE BEAUVAISIS
Visuel : capture d’écran du film tourné par Gervais Bougourd à Rainvillers en 1937, de g. à d. Richard Guino, son épouse Gabrielle née Borzeix, l’Abbé peintre Alphonse Van Hollebecke
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La succession Richard Guino exprime sa plus vive gratitude au GRECB, Groupe de Recherches et d’Études de la Céramique du Beauvaisis, grâce auquel se sont développées de nouvelles recherches sur les pas de l’artiste, de Beauvais à Rainvillers en passant par Saint-Paul, la Neuville-Vault, Clermont et Ons-en-Bray.
Dans le prolongement de l’exposition Guino – Renoir, la couleur de la sculpture (musée Rigaud, Perpignan, 2023), ces nouvelles recherches ont permis de découvrir et de localiser des œuvres que Guino a créées au Pays de Bray et donné lieu à des projets spécifiques en vue de les répertorier, d’en retracer l’historique et de partager leur divulgation avec le public.
Ainsi s’est dessiné le cercle amical avec lequel Guino avait tissé des liens : Charles, Henri et Pierre Gréber mais aussi les artistes Roger Bréval et son épouse Eveline de Sieno, l’abbé peintre Alphonse Van Hollebeke, le poète Philéas Lebesgue, Jules Bouché, directeur des Tuileries de Saint-Paul et son fils André, que Guino initie aux arts du feu et à qui il présente la belle Andrée Carpentier, qui deviendra son épouse, le potier Pierre Pissaref, le mouleur Aimé Hédin, Albertine et Henri Riché, instituteurs à Rainvillers, enfin la famille Huille et la jeune Françoise, modèle de la monumentale Sainte Thérèse que Guino réalisa à la Manufacture artistique de grès pour la Saint Teresa Church de Princes Risborough (Londres, Royaume-Uni).
En 2024 l’exposition Les Gréber et les artistes de leur temps présentait quelques-unes des œuvres beauvaisiennes de Guino parmi celles de ses contemporains actifs dans la région, cinq céramiques provenant notamment du fonds d’atelier aujourd’hui encore conservé par ses descendants.
La conférence Guino redécouvert, présentée en 2025, s’est arrêtée sur la jeunesse et la formation de Guino, depuis sa Catalogne natale jusqu’à son installation à Paris en 1910, préalablement à l’exposé de sa période beauvaisienne qui s’épanouit dans les années 1930 et dont on trouvera ci-dessous quelques-uns des développements.
LES GRÉBER ET LES ARTISTES DE LEUR TEMPS
Beauvais, maison Gréber, ancienne Manufacture de grès
du 21 septembre au 27 octobre 2024
Une exposition du GRECB, Groupe de Recherches et d’Études de la Céramique du Beauvaisis, présidé par Jean Cartier
L’exposition réunit une centaine d’œuvres – sculptures, céramiques, peintures, dessins – qui témoignent du rayonnement de la Manufacture Gréber et des échanges qui unirent de nombreux artistes, parmi lesquels Guino, à ce centre de création et d’expérimentation des techniques et usages de la céramique actif pendant près d’un siècle à Beauvais.
ŒUVRES DE GUINO
Cinq céramiques de Guino, réalisées dans le Beauvaisis pendant les années 1930, sont présentées dans l’exposition :
– Profil de Michel, plaquette en faïence émaillée
– Pot boule avec relief raisins et feuillage, faïence émaillée polychrome
– Profil de Linette, bas-relief découpé en terre cuite
– Enfant pleurant, bas-relief découpé en grès émaillé
– Deux danseuses aux grappes de raisin, bas-relief en faïence émaillée
Ces œuvres proviennent des collections privées de Jean Cartier, de Claire Bertin et de la succession Richard Guino.
SCULPTEUR, ARTISTE DÉCORATEUR, DESSINATEUR
ET CÉRAMISTE, RICHARD GUINO REDÉCOUVERT
Espace Galilée – 1 rue du pont de Paris – Beauvais
13 novembre 2025 à 20h – entrée libre
Une conférence proposée par le GRECB, Groupe de recherches et d’études de la céramique dans le Beauvaisis, et présentée par Adélaïde Paul-Dubois-Taine, petite-fille de l’artiste en charge du catalogue raisonné de ses œuvres
Prolongeant l’impulsion donnée par l’exposition Guino – Renoir, la couleur de la sculpture (Perpignan, musée Rigaud, 2023), première rétrospective d’ampleur consacrée à l’œuvre de Richard Guino, le GRECB, Groupe de recherches et d’études de la céramique dans le Beauvaisis, a soutenu de nouvelles recherches sur les activités que l’artiste a développées dans la région tout au long des années 1930.
Le Pays de Bray est réputé pour la qualité de ses argiles et l’excellence de savoir-faire issus d’une tradition potière multiséculaire. Il a offert à Guino de nouvelles opportunités collaboratives, en particulier au contact de la Manufacture de grès artistique de Beauvais. Les sculptures, céramiques, portraits et paysages qu’il a disséminés au gré de ses séjours témoignent du renouveau de son langage artistique, toujours caractérisé par son goût pour les techniques et les matériaux les plus divers. Ces œuvres révèlent les figures d’un cercle amical où artistes, artisans, poètes, collectionneurs et proches coopèrent activement et se délassent en joyeuses parties de campagne ainsi que le montre un document exceptionnel retrouvé dans les archives familiales, un film tourné à Rainvillers dans l’Oise en 1937.
La conférence relatera le parcours artistique de Guino depuis sa Catalogne natale jusqu’à son Beauvaisis d’adoption, en passant par l’épanouissement de sa carrière d’artiste au cœur de la modernité du Paris des années 1910, la singulière aventure de création qu’il partagea avec Auguste Renoir ainsi que ses florissantes années Art Déco, marquées par le soutien de la Galerie Hébrard et de la Manufacture de Sèvres. Présentée par Adélaïde Paul-Dubois-Taine, petite-fille de l’artiste en charge du catalogue raisonné, elle nous donnera l’occasion de partager les fruits des découvertes les plus récentes.
Site du GRECB, Groupe de recherches et d’études de la céramique dans le Beauvaisis : https://www.grecb.fr/
RECHERCHES MENÉES EN PARTENARIAT AVEC LE GRECB, GROUPE DE RECHERCHES ET D’ÉTUDES DE LA CÉRAMIQUE DANS LE BEAUVAISIS
Photographie : Buste de la République ou Buste de Marianne, Guino, 1934, collection de la ville d’Ons-en-Bray
GUINO CÉRAMISTE
Les œuvres et les archives conservées dans le fonds d’atelier de Richard Guino éclairent les étapes ainsi que la manière dont le sculpteur et décorateur a développé son activité de céramiste tout au long de son parcours artistique.
Guino, Nuancier d’émaux céramique
Daté « 26.08-1920 » au verso
Guino, Nuancier d’émaux céramique
Années 1930, argile rouge du Pays de Bray
Acteur de l’installation d’un four aux Collettes en 1917, dans le domaine de Renoir où il initie les fils du peintre, en particulier Claude Renoir, aux arts du feu, Guino prolonge ses séjours à Cagnes-sur-Mer jusqu’en 1926. À l’issue de l’aventure de création qu’il a partagée avec Auguste Renoir entre 1913 et 1918, il dispose d’un nouvel atelier à La Bégude, villa du peintre et maire de la ville Ferdinand Deconchy. Ami de Renoir comme de Guino, Deconchy soutient les projets du jeune sculpteur qui va développer une intense activité de céramiste.
La Manufacture de Sèvres édite les modèles de Guino à partir de 1922, cinq sculptures, une pendule et un plat. C’est à Montigny-sur-Loing en compagnie du potier Louis Baude, formé à Vallauris et recommandé par Guino à Jean Renoir, que « le sculpteur devenu céramiste » prépare la troisième exposition personnelle que lui consacre en 1923 la Galerie Hébrard. Parmi ses majoliques, une Pomone (Femme à la corbeille de fruits et à la grappe de raisin) en faïence stannifère polychrome, est également présentée et remarquée à l’exposition des Arts Décoratifs se tenant la même année au musée Galliera. Charles Gréber y participe avec des grès réalisés à la Manufacture artisitique de grès de Beauvais créée par son père et dont il a repris la direction tandis que son frère, Henri Gréber, s’adonne à la sculpture. Peut-être est-ce à cette occasion que se nouent les premiers liens entre les Gréber et Guino ? Celui-ci reçoit plusieurs récompenses lors de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs de Paris en 1925, dont une médaille d’honneur dans la catégorie « Art et industrie de la céramique ». C’est Georges Lechevallier-Chevignard, directeur de la Manufacture de Sèvres, qui le lui annonce dans une lettre du 8 janvier 1926, remerciant Guino du « précieux concours qu’il apporte aux travaux de la Manufacture ».
Au milieu des années 1920 et jusqu’à son installation à Antony en 1942 dans une maison-atelier où il disposera de son propre four, c’est à Paris chez son ami le maître verrier Claude Heiligenstein et son épouse la céramiste Odette Chatrousse que Guino cuit ses céramiques. Leur atelier du boulevard Raspail est proche du sien, situé 7 rue Daguerre, une adresse partagée par une communauté foisonnante d’artistes dont ses camarades le photographe Gervais Bougourd et le peintre Roger Bréval. Celui-ci invite Guino à son mariage, célébré en 1932 par l’abbé peintre Alphonse Van Hollebeke à Rainvillers, dans l’Oise, où le sculpteur retrouve Charles Gréber, témoin du marié. Guino se rendra régulièrement dans le Beauvaisis par la suite. Il y trouve de nouvelles opportunités collaboratives, louant une maison à Rainvillers où il emmène femme et enfants en villégiature.
La dynastie Gréber s’est illustrée sur quatre générations dans la céramique, la statuaire, l’architecture et la décoration après s’être implantée, dans la seconde moitié du XIXème siècle, au cœur du Pays de Bray, région riche d’une tradition potière multiséculaire due à ses gisements d’argile. Une terre rouge que Guino aime travailler : tout autant qu’un lieu de vacances où il emmène régulièrement sa famille aux côtés de son ami Bréval, Rainvillers devient un lieu de création pour l’artiste qui y trouve, avec les Tuileries de Saint-Paul toutes proches et la Manufacture de grès artistique de Beauvais, de nouvelles opportunités d’expression formelle et d’expérimentation technique en coopération avec les céramistes et artisans locaux.
Guino noue des liens amicaux avec le jeune André Bouché, fils du directeur des Tuileries de Saint-Paul, qu’il initie à son tour aux arts du feu et à qui il présentera le céramiste Pierre Pissareff. Durant les années 1937-1939, c’est à Pierre Gréber que Guino confie la cuisson des sculptures monumentales qu’il réalise en grès pour la St Teresa Church (Princes Risborough, Londres) – un défi aussi bien technique qu’artistique.
Les séjours de Guino dans le Beauvaisis sont marqués par une intense activité de portraitiste – buste et profils en terre cuite, parfois émaillés, dessins et peintures témoignent de ses liens avec le peintre Alphonse Van Hollebeke, le poète Philéas Lebesgue, les instituteurs de Rainvillers, Albertine et Henri Riché, la famille Huille, dont l’une des filles, Françoise, devient le modèle de sa Sainte Thérèse… Guino exécute aussi de nombreux paysages sur le motif jusque dans les années 1950.
BUSTE DE LA RÉPUBLIQUE
Un Buste de la République, créé par Guino en 1934 et documenté par des photographies anciennes, a été tiré à cinq exemplaires aux Tuileries de Saint-Paul, ainsi que le précise une lettre d’André Bouché adressée au sculpteur le 7 avril 1936 : « Hédin […] vous fait dire qu’il y a 5 Républiques de terminées, auxquelles il ne manque plus que la signature de Monsieur Guino pour aller au four. » L’un de ces tirages est offert à la ville de Rainvillers (récemment tombé, il est aujourd’hui brisé) et un plâtre dédicacé par Guino à son ami Jules Bouché, directeur des Tuileries dont il a fait le buste, à la ville d’Ons-en-Bray (notice sur le site POP du ministère de la Culture).
ST TERESA CHURCH
C’est aussi à Beauvais que Guino réalise en grès le cycle d’œuvres monumentales destinées à la décoration intérieure et extérieure de la St Teresa Church (Princes Risborough, Royaume-Uni), une église de style néo byzantin dont les plans ont été confiés à l’architecte Giuseppe Rinvolucri. Cette commande importante, passée à Guino par Sir Bernard Alexander, comprend un bas-relief pour le maître-autel représentant le repos de Sainte Thérèse ainsi que des grandes figures de la Sainte, de la Vierge à l’enfant, du Christ.
Des photographies anciennes et la correspondance de Guino encore conservées dans les archives de l’artiste permettent de retracer les étapes de la création de ce cycle d’œuvres monumentales qui renouvellent l’iconographie religieuse par un style synthétique, ample et épuré. La cuisson des pièces est réalisée par Pierre Gréber à la Manufacture de grès artistique de Beauvais durant les années 1937-1939. La dernière pièce fut livrée par bateau en Angleterre juste avant que ne se déclenchent les hostilités de la deuxième guerre mondiale, qui verront Beauvais très durement éprouvée.
PHILÉAS LEBESGUE
Les bombardements frappèrent notamment le musée de l’Oise (MUDO), détruisant la salle où était conservée un portrait du poète Philéas Lebesgue (1869-1956), peinture de Guino que l’on peut aujourd’hui documenter par une photographie ancienne. Autre personnage savoureux et attachant du cercle amical fréquenté par l’artiste, tout à la fois poète, polyglotte, cultivateur, épistolier, critique littéraire et druide, Lebesgue conservait d’autre part dans sa ferme de la Neuville-Vault une lithographie tirée de l’un de ses portraits dessiné par Guino, daté du 19 septembre 1935.
MANUFACTURE GRÉBER
La famille Gréber s’est illustrée sur plusieurs générations dans la céramique, la statuaire, l’architecture et la décoration après s’être implantée, dans la seconde moitié du XIXème siècle, au cœur du Pays de Bray, région riche d’une tradition potière multiséculaire due à ses gisements d’argile.
> Voir l’essai de Sylvain Pinta, attaché de conservation au MUDO, « Richard Guino, sculpteur, décorateur, céramiste » in Guino – Renoir. La couleur de la sculpture, Silvana Editoriale, 2023 (p. 184-195).
RECHERCHES MENÉES EN PARTENARIAT AVEC LE GRECB, GROUPE DE RECHERCHES ET D’ÉTUDES DE LA CÉRAMIQUE DANS LE BEAUVAISIS
Lettre de M. Magnien, conservateur du musée de l’Oise, à Guino, du 27 octobre 1938 au sujet de l’exposition Philéas Lebesgue – Archives privées Richard Guino
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