RICARDO GUINO Y BOIX | RICHARD GUINO (1890-1973)

1890-1910
DE GÉRONE À BARCELONE,
LES ANNÉES DE FORMATION

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UN SCULPTEUR PRÉCOCE

Ricardo Conrado Salvador Guinó y Boix – Ricard Guinó i Boix en catalan – naît le 26 mai 1890 à Gérone en Espagne.

Il est le fils de Dolorès Boix et de Francisco Guinó i Anglada, artisan ébéniste originaire de Tortellà, petite localité de la province de Gérone1. Ricardo a deux sœurs, Francisca et María Concepción et un frère, Francisco. La famille est très durement éprouvée par la perte de deux jeunes enfants, qui ont péri dans un incendie.

C’est dans l’atelier familial que Guino s’éveille à la création artistique. L’enfant aide son père à réaliser les meubles et objets religieux dont l’ébénisterie de la Plaça San Josep fait commerce2. Il dessine, taille, assemble… et développe sa connaissance du bois comme son goût pour le travail de la matière et des formes.

Les aptitudes qu’il montre pour les arts lui permettent d’échapper à l’enseignement religieux particulièrement rigide dispensé par l’institut mariste où il est scolarisé. C’est désormais à l’école des Arts et Métiers de Gérone3, où Prudenci Bertrana est son professeur de dessin4, que l’adolescent va poursuivre sa formation.

VITALITÉ DES ÉCHANGES ARTISTIQUES EN CATALOGNE

Peintre et écrivain, Prudenci Bertrana i Comte (1867-1941) est une figure rayonnante du modernisme catalan. Une fidèle amitié se noue entre le professeur et son jeune élève, introduit dans le milieu artistique et intellectuel de Gérone. Guino tisse des liens avec le peintre Joan Baptista Corominas Figueras (1890-1919), l’architecte Rafael Masó i Valentí (1880-1935), le poète Miquel de Palol i Felip (1885-1965)…

Dans ses Souvenirs de Gérone5, Miquel de Palol écrira à propos du jeune artiste : 

“L’un des sculpteurs les plus solides et les plus personnels de la première décennie du siècle ; il travaillait tout en étant contraint à la tâche manuelle, ouvrière, d’aider son père dans l’atelier d’ébénisterie (…) et sa rébellion, c’est seulement avec nous qu’il la laissait entrevoir. Guino vivait une bataille constante entre être et n’être pas, comme tant de fils de commerçants qui se débattent avec l’incompréhension des leurs et le devoir qu’ils ont vis-à-vis d’eux-mêmes”.

En 1905 un article de la presse locale6, évoquant deux bustes modelés par le sculpteur alors âgé de 15 ans, s’émeut :

“À l’école des beaux-arts de Gérone, il ne peut plus rien apprendre puisqu’il sait déjà tout ce qu’on y enseigne”.

L’auteur poursuit en plaidant pour qu’une bourse de la Province soit accordée au jeune Guino afin de lui permettre d’approfondir sa formation “fora”, ailleurs… Et c’est à Barcelone, la capitale culturelle catalane, que s’envole l’adolescent.

Des portraits de Prudenci Bertrana et Miquel de Palol par Guino, aujourd’hui conservés et exposés à Gérone, témoignent de la vivacité des échanges au sein du groupe d’artistes géronais7

L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS ET L'ATELIER D'ARNAU À BARCELONE

Barcelone est à l’époque l’une des villes les plus prospères d’Europe où s’est développée, avec le modernismo, version catalane de l’Art nouveau incarnée par Gaudí, une vie artistique et culturelle brillante. L’Exposition Universelle de 1888 a impulsé un nouvel élan : les architectes catalans ont réalisé des bâtiments d’une grande originalité, qui allient innovations techniques et ornementations détaillées. Les artistes intègrent dans d’étroites collaborations les arts appliqués pour la réalisation de sculptures monumentales et décors variés – céramiques, vitraux, ferronnerie… – destinés à orner places publiques ou architectures en construction.

C’est cette ville créative, cosmopolite et tournée vers l’Europe, que découvre Guino lorsqu’il s’y installe, en 1906, afin de suivre les cours de La Llotja, l’École supérieure des Beaux-Arts5. Au fameux cabaret “Els Quatre Gats” (les quatre chats, en référence au Chat Noir parisien) se sont côtoyés des artistes parmi lesquels Julio Gonzalez (1876-1942), Pablo Gargallo (1881-1934), Pablo Picasso (1881-1973)… Le père de ce dernier, José Ruiz y Blanco (1838-1913), est l’un des professeurs de Guino à La Llotja.

Ces portraits plein de fraîcheur montrent que le sculpteur de dix-sept ans a parfaitement assimilé
la tradition réaliste et expressive, dont il se départira bientôt

À Barcelone Guino fréquente, parallèlement à l’École des Beaux-Arts, l’atelier du sculpteur Eusebi Arnau i Mascort (1863-1933) qui a créé de nombreux décors sculptés pour des bâtiments modernistes. Renommé dans les milieux artistiques catalans, Eusebi Arnau enseigne à ses élèves le moulage, la taille directe, la mise au point et l’agrandissement de maquettes. À l’époque où le jeune homme se forme dans son atelier, le sculpteur réalise d’importantes commandes pour orner les spectaculaires bâtiments de l’Hôpital de Sant Pau et du Palais de la musique catalane8, aujourd’hui inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Sur ces chantiers a été embauché son ancien élève Pablo Gargallo, d’une dizaine d’années plus âgé que Guino et qui a déjà séjourné à Paris… C’est fort de ces expériences que le jeune Guino sera bientôt amené à travailler sur le chantier du Théâtre des Champs-Élysées, animé par Antoine Bourdelle (1861-1928) et Maurice Denis (1870-1943), dans une veine artistique toute différente.

LE NOUCENTISME, RENOUVEAU DE LA SENSIBILITÉ ARTISTIQUE

En effet tandis que le modernismo continue de déployer son esthétique toute en courbes et ornementations décoratives, un renouveau de la sensibilité artistique émerge en Catalogne : le noucentismo, qui se manifeste par un retour à un certain clacissisme. Le terme est forgé en 1906 par l’écrivain Eugeni d’Ors i Rovira (1881-1954) sur le modèle italien : de même que “quattrocento” désigne les années 1400, “noucentismo” renvoie aux années 1900 et joue avec l’homophonie du vocable catalan “nou”, semblable à celle du français “neuf”.

Cette petite tête de femme en pierre taillée manifeste le tournant à l’œuvre dans la création sculptée du jeune Guino, qui s’engage dans la voie d’une figuration synthétique

Le noucentisme opère un retour à la synthèse formelle gréco-méditerranéenne, une sensibilité qui se manifeste des deux côtés des Pyrénées par le rejet du réalisme expressionniste au profit des valeurs de clarté, de mesure et d’équilibre. Les références à l’Antiquité et à la Méditerranée sont ravivées par les découvertes archéologiques et cette modernité nouvelle se nourrit également du constructivisme de Cézanne (1839-1906). Elle se traduit, dans le domaine de la sculpture, par une simplification en rupture avec les formes sinueuses et élancées du modernismo. 

Maillol (1861-1944), peintre et artiste décorateur venu à la sculpture vers les années 1900, est l’un des précurseurs de ce mouvement. Il privilégie la pureté des lignes et les courbes pleines en une vision monumentale, comme le révèle son chef-d’œuvre La Méditerranée, présentée au salon d’Automne à Paris en 1905.

PREMIÈRES EXPOSITIONS et départ pour paris

Guino participe à des expositions collectives à Gérone (1908, 1910) et Barcelone (1910), où il présente sculptures et dessins.

Articles de presse catalans qui témoignent de la renommée naissante du jeune sculpteur.

1908 exposition collective9

Gérone (Espagne), Sala del Foment de la Industria i el Commerç
– sculptures et dessins

1909 exposition collective10

Gérone (Espagne) Sala del Arte Moderno
– Buste de femme

À cette occasion Prudenci Bertrana, figure du modernisme catalan, présente son ami et ancien élève Guino à Aristide Maillol, de trente ans son aînéAdmiratif du travail du jeune sculpteur, Maillol lui propose de venir travailler à ses côtés, en France 11.

1910 exposition collective

Espagne, Gérone, Sala del Arte Moderno
– sculptures parmi lesquelles des portraits de :
Xavier Montsalvatge, écrivain
Miguel de Palol, poète
Ramón Puig, architecte

L'Égyptienne - Richard Guino, c. 1910
L'Égyptienne, c. 1910
Richard Guino vers 1910, au moment de son départ pour Paris
Richard Guino vers 1910

Au cours de l’année 1910, Guino abandonne son droit d’ainesse à son petit frère Francisco et quitte l’Espagne. 

Il s’installe à Paris, dans le quartier de Montparnasse. 

Il est âgé de vingt ans.

RICARDO GUINO Y BOIX | RICHARD GUINO (1890-1973)

1910-1913
AU CŒUR DU FOYER
DE CRÉATION PARISIEN

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LA SCÈNE ARTISTIQUE AU DÉBUT DU SIÈCLE

Au tournant du siècle, Paris est un creuset d’expérimentation où les arts se métamorphosent radicalement. Dans le domaine de la sculpture sont remises en cause les catégories académiques aussi bien que l’esthétique fiévreuse de Rodin, dont l’intense personnalité artistique a exercé une profonde influence. La modernité se fait synonyme d’épure formelle, de simplification des lignes et des masses, d’abandon de l’expressivité. La taille directe s’affirme comme un retour aux fondamentaux.

De jeunes artistes venus du monde entier, parmi lesquels les espagnols… contribuent à cette transformation du paysage artistique. Si certains plongent dans l’abstraction, comme Brancusi ou Duchamp-Villon, d’autres explorent une sorte de classicisme moderne nourri d’un retour à la statuaire grecque archaïque. C’est le cas de Maillol, venu tardivement à la sculpture après avoir été peintre et artiste décorateur, s’adonnant à la céramique et à la tapisserie. Maillol, qui souffre de problèmes ophtalmiques, concentre désormais ses recherches sur l’étude du nu féminin en composant des sculptures architecturales : “Une statue c’est une étude de volume dans l’espace. Tout doit y être précision, équilibre et harmonie”12. Incarnant cette révolution stylistique, La Méditerranée, présentée au Salon d’Automne en 1905, a connu un succès retentissant. 

AUX CÔTÉS DE MAILLOL POUR LE CYCLE DES SAISONS

  • Guino travaille aux côtés de Maillol pour la création des nus monumentaux du Cycle des saisons, commande du collectionneur russe Ivan Morozov

LE COMTE KESSLER, MÉCÈNE ET DIARISTE

  • Le témoignage du comte Kessler, collectionneur et mécène, observateur de la vie artistique de son temps. Une visite à l’atelier de Guino…

LE COLLECTIONNEUR IVAN MOROZOV

  • Torse de femme, marbre et Maternité, terre-cuite, les œuvres de Guino acquises par Morozov en 1911.

maurice denis, LE théâtre des champs-élysées

  • Guino participe au chantier du Théâtre des Champs-Élysées en réalisant, à partir d’un projet de Maurice Denis, les deux bas-reliefs qui ornent le cadre de scène
  • Guino dessine Vaslav Nijinski au théâtre des Champs-Élysées. Les Ballets russes, L’après-midi d’un faune, révolution chorégraphique et succès de scandale, Rodin défend le danseur… Voir série encres Isadora Duncan 1913.
  • La danse et la musique, thèmes d’inspiration constants dans l’œuvre de Guino
Nijinski - Richard Guino c. 1912
Nijinski, c. 1912

l'académie ranson

  • Guino fréquente librement l’Académie Ranson, où il peut dessiner d’après modèle vivant.

L'HOMMAGE À CÉZANNE DE MAILLOL

  • Guino participe au projet de création de l’hommage à Cézanne, une commandé de la ville d’Aix-en-Provine à Maillol qui poursuivra ce travail sur plusieurs années.

Voir les recherches d’Ursel Berger sur Maillol et sa collaboration avec Guino

Femme allongée à la draperie - Richard Guino, 1912
Femme allongée à la draperie, 1912

RICARDO GUINO Y BOIX | RICHARD GUINO (1890-1973)

1907-1913
LE DÉVELOPPEMENT
D'UNE ŒUVRE POLYMORPHE

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PREMIÈRES EXPOSITIONS PARISIENNES

L'atelier de Richard Guino dans les années 10
L'atelier de Richard Guino dans les années 10
Femme assise tenant son chignon - Richard Guino, 1912
Femme assise tenant son chignon, 1912
Gervais Bougourd par Richard Guino, 1913
Gervais Bougourd par Richard Guino, 1913
Richard Guino, 1913
Richard Guino par Gervais Bougourd, 1913
  • Premières expositions parisiennes de dessins, bas-reliefs et sculptures

L’attention des marchands et collectionneurs, Vollard, Kessler, Morozov…

  • Les thèmes d’inspiration : nu féminin, couple, danse, musique, vigne, maternité, enfance…

Une iconographie classique vivifiée par un style épuré et une grande variété de recherches formelles et techniques :

NUS SUR PARCHEMINS

  • la série de nus néo-renaissants sur parchemin
Nu de dos - Richard Guino, 1913
Nu de dos, 1913
Nu allongé - Richard Guino, 1913
Nu allongé, 1913
Nu assis aux bras levés - Richard Guino, 1913
Nu assis aux bras levés, 1913

ISADORA DUNCAN SUR LE VIF

  • Isadora Duncan croquée sur le vif, une remarquable série d’encres qui restituent en quelques traits les arabesques graphiques de la danseuse

SCULPTURE ET BAS-RELEFS EN BOIS

Bacchanale, bas-relief - Richard Guino, c. 1912
Bacchanale, c. 1912

TERRE-CUITES ET CÉRAMIQUEs

Quelques œuvres encore des années 1910-13, rarement exposées. Ces pièces témoignent de l’intérêt de Guino pour la composition des volumes dans l’espace, la texture et les coloris des matériaux. Au seuil de sa collaboration avec Renoir, elles affirment la puissance et la fécondité de la jeune personnalité artistique du sculpteur.

NOTES
  1. Clara, Josep, El retorn de Ricard Guinó, gironí universal, Espagne, Gérone, Revista de Girona n°155, nov. déc. 1992
  2. Rodriguez Samaniego, Christina, Ricard Guinó et Joaquim Claret : le destin de deux sculpteurs catalans en France face à la Grande Guerre, Université de Nice-Sophia Antipolis, Cahiers de la Méditerranée n°82, 2011
  3. Escuela Municipal de Artes y Oficios
  4. Fontbona, Francesc, Ricard Guinó, retorn a casa, cat. Ricard Guinó. Escultures i dibuixos, Ajuntament de Girona 1992, p. 47
  5. Miquel de Palol, Girona e jo, Barcelona, Portic, 1972, p. 240.
  6. La Acción (Girona), any II, núm. 12 (13 gener 1906), p. 3
  7. Le Buste de Bertrana, conservée au musée d'Art de Gérone, a donné lieu à l'édition d'un tirage en bronze réalisé par la ville de Gérone et inauguré en 1975 place de Catalogne (voir Collections Publiques)
  8. Palau de la Música Catalana
  9. Guino expose aux côtés de Rafael Masó et Joan-Baptista Coromina, il fait don de ses œuvres exposées à l'école des Arts, ce qui lui vaut la gratitude de la ville - El Autonomista (Girona), an XI, n°871 (5 nov. 1908), n°875 (21 nov. 1908) p. 3 et n°878 (10 déc. 1908) p. 3
  10. Ricard Guinó, retorn a casa, Francesc Fontbona, cat. Ricard Guinó. Escultures i dibuixos, Ajuntament de Girona 1992, pp. 11-17
  11. El retorn de Ricard Guinó, gironí universal, Josep Clara, Revista de Girona n°155, nov. déc. 1992
  12. Cité par Kessler dans son Journal, 1907